Je dors, crevé, écroulé comme une masse
Trop tôt levé, émotions
Je dors sans rêves
Je m’éveille, regarde l’heure, me retourne
Je dors encore, sommeil agité
Je l’entends, petits bruits rassurants
Elle est là, tout près, dans l’autre pièce
Cliquetis de clavier, briquet qui claque,
fumée
Je dors, je sombre à nouveau, sur le ventre
Une plume sur mon dos, non, pas une plume
Des doigts légers qui le parcourent, le
caressent
Une paume à présent qui épouse ma peau
Je ne dors plus, je suis chat, je vibre
Je souris dans mon coude replié
Je tourne la tête, je la vois penchée sur moi
D’un murmure elle m’apaise
Ses doigts encore, frissons
Sa peau contre la mienne,
Nos bouches qui s’effleurent
Nos yeux qui se sourient, et les miens qui se
ferment
Je ne la vois plus, juste sa tiédeur contre mes
reins
Je dors dans son rêve
Elle dort, paisible
Eveillé, appuyé sur mon coude je la regarde
Son sommeil lui rend toutes ses innocences
Sommeil d’enfance, tout est lisse
Elle dort, souriant à son rêve
Doucement, du bout des doigts, je remonte une mèche sur son
front
J’effleure sa joue, dessine ses lèvres
Ma caresse descend sur sa peau
Cherche les creux de son dos, fossettes
imprévues
Que je connais si bien
Je ferme les yeux, je la devine sous ma main
Je la regarde encore
Son sourire de petite fille s’allume
doucement
Elle dort et pourtant elle me perçoit
De ma bouche hésitante je risque un baiser
doux
Et puis un autre encore
Elle est si douce, si tiède, abandonnée
Livrée à ma tendresse
Drainnnggg, le réveil explose, sonne,
tonitrue
Je sursaute, le cherche dans la pénombre, l’attrape, n’arrive pas à
l’arrêter
Le bâillonne enfin de mes doigts agités
Elle a ses yeux grands ouverts, je lui prends la
bouche
Comme une excuse maladroite
Dors ma princesse, dors ma geôlière
Ce n’est que moi qui m’éveille, qui part
Qui vais chercher ce putain de train qui nous
sépare
Dors, mon ombre reste pour te veiller
Et tout à l’heure
Quand doucement tu t’éveilleras
Il restera sur notre couche un peu de mon
parfum
Pour te dire tendrement que je suis déjà en
route
Et que je reviendrai me livrer
Derniers Commentaires